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Hafsat Abiola, présidente de Women in Africa : « transformer l’Afrique grâce à l’énergie des femmes »

Les africaines

Hafsat Abiola, 44 ans, diplômée de Harvard est Nigériane. C’est elle qui a été choisie pour présider « Women in Africa ». Elle a pris ses fonctions lors de la seconde édition de l’organisation qui s’est tenue à Marrakech, les 27 et 28 septembre 2018, durant laquelle elle a répondu aux questions de Terriennes.

« Women in Africa (WIA)» est « une plateforme internationale de développement économique et d’accompagnement des femmes africaines leaders et à haut potentiel ». Ses « principales ambitions » : « révéler le potentiel de la nouvelle génération de femmes leaders africaines à tous les niveaux de responsabilités de la société́ civile et des États, mettre en réseau des femmes leaders africaines et internationales au service d’une Afrique innovante et inclusive. » Voilà comment le programme est décrit par ses initiatrices, qui indiquent que « 480 femmes et hommes, issus de 70 pays, dont 52 Africains »  étaient présents à Marrakech les 27 et 28 septembre 2018.

L’Afrique, premier continent de l’entrepreneuriat féminin

Pour la présidente de WIA, la Nigériane Hafsat Abiola, le but est de « transformer l’Afrique en utilisant l’énergie des femmes », indique-t-elle à Terriennes. « Les femmes ont quelque chose à apporter ; avec WIA, nous voulons leur apporter l’organisation. » D’après le rapport GEM women entrepreneurship de 2017 cité par WIA, « l’Afrique est le premier continent de l’entrepreneuriat féminin et 27% des femmes créent en Afrique une entreprise, soit
 le taux le plus important à l’échelle mondiale », néanmoins, « l’inégalité homme-femme » représenterait un manque à gagner de « 81 milliards d’euros par an ».

« Il fallait être un peu folle pour lancer WIA », lâche en riant Aude de Thuin, l’entrepreneure française qui a fondé le projet. « J’ai créé le Women’s forum en 2000 car je souhaitais me rendre au forum économique de Davos [mais] n’ai jamais eu de réponse à ma candidature. J’ai compris que c’était parce que j’étais une femme et que j’avais une petite entreprise de 45 salariés. Cela m’a mise en colère. Mais j’ai fait de cette colère quelque chose de constructif », dit celle qui est à l’origine des quotas de genre dans les multinationales en France mais « ne pense pas qu’il faut importer cela en Afrique […], il faut agir par la preuve, sans trop bousculer. »

Difficultés financières, cession de son entreprise dont elle sera renvoyée, burn-out et séjour en Afrique la mènent à écrire Femmes si vous osiez, le monde se porterait mieux[Note : Edition Robert Laffont, Paris, 2012]. « Mes amies africaines voulaient que je mette mon énergie, mon réseau et surtout ma folie au service des femmes africaines. WIA est né. Mais avant, j’ai voulu savoir quelle était ma légitimité, en tant que femme européenne. L’an dernier, on m’a dit : « C’est très bien ce que tu fais, mais tu es blanche.’’ J’ai dépassé cela. Je suis une femme mondiale, c’est à ce titre que j’agis. C’est ma légitimité. »

Tout dans ma vie m’a préparée à ça : être née dans une famille panafricaine, fière d’être Africaine

Hafsat Abiola, présidente de Women In Africa

Dès le départ, Aude de Thuin voulait une présidente africaine. Elle choisira Hafsat Abiola, 44 ans, diplômée de Harvard, fondatrice et présidente de Kudirat Initiative for Democracy, dont le but est de « renforcer la société civile et promouvoir la démocratie au Nigeria ». « J’avais l’intuition que j’avais devant moi la nouvelle présidente », détaille-t-elle au sujet de sa rencontre avec celle qui était alors ambassadrice WIA. Pourquoi Hafsat Abiola a-t-elle accepté ? « Je savais que je ferai du bon travail. Tout dans ma vie m’a préparée à ça : être née dans une famille panafricaine, fière d’être Africaine ; mon père a fait le tour de l’Afrique en tant que philanthrope et idéologue. Il a sacrifié sa vie pour son pays et ma mère aussi, pour la démocratie ». Moshood Abiola fut candidat et présumé vainqueur de l’élection présidentielle de 1993 du Nigeria, il mourra en prison. Sa mère, Kudirat Abiola, fut assassinée. « On doit se battre pour ce qu’on veut », tranche-t-elle avant de prévenir : « je ne suis pas guidée par l’envie de blâmer ou faire des reproches, de haïr… Quoi qu’on fasse, on ne peut pas changer le passé, on veut changer le futur ».

Nous n’avons pas créé la situation en Afrique seuls donc nous voulons engager le monde

La rencontre a lieu au Beldi Country Club à Marrakech, qui voit un ballet de femmes africaines aux tenues plus élégantes et raffinées les unes que les autres. Ce luxuriant cocon semble à l’abri de tout, pauvreté, racisme et (en théorie) sexisme. La susceptibilité des rares hommes présents est ménagée, y compris lors des débats et prises de parole durant lesquels les femmes n’échappent pas au mansplanning… Les sujets qui fâchent – racisme, colonialisme, présence française et étrangère en Afrique – ne sont pas un sujets abordés ici. Hafsat Abiola explique toutefois «  nous n’avons pas créé la situation en Afrique seuls donc nous voulons engager le monde. Ensuite, notre but est d’établir un pont entre les femmes à travers le monde ainsi qu’un nouveau genre d’engagement dans lequel nous serons tous plus impliqués. »

Elle évoque aussi « des défis » : « les pays d’Afrique du Nord ne veulent pas être engagés avec l’Afrique subsaharienne. Pour que l’Afrique avance, les Africains doivent y croire [or] il y a des différences dans les pays eux-mêmes, entre le Nord et le Sud ; ils sont divisés par religions, ethnies, classes ». Elle prévient : « L’Afrique est peuplée de 1,2 milliard d’habitants. La population doublera dans 20 ans. On ne peut pas continuer avec l’Afrique du passé, 60 % de la population a moins de 30 ans et a besoin d’un travail décent. La situation n’est pas tenable. » La solution ? « Que les femmes s’impliquent plus. On leur demande de prendre des risques, les hommes comprennent qu’ils vont perdre de leur pouvoir. On doit avancer en groupe, être plus présentes, soutenir les femmes », dit-elle en évoquant « la beauté de la force ».

Promouvoir des méthodes féminines et l’éducation des filles

Cette année, 54 femmes (comme le nombre de pays du continent) ont été valoriséespour « leur qualité entrepreneuriale » . Pour devenir membre de WIA et assister à l’événement, chaque participante débourse 1 200 euros, la moitié si elle représente une organisation. Quelle place ont les moins favorisées ? Comment ces « hauts potentiels » les aident-elles ? « Nous sommes engagées pour ça, c’est fondamental. Pour changer la place de l’Afrique dans les enjeux mondiaux, il faut dépasser cet aspect élitiste. L’élite africaine n’est parfois que le relais de l’agenda global occidental », répond-elle. « On ne peut pas se développer si la base est faible ». Alors la présidente prône « l’obligation de fournir une éducation aux filles jusqu’à 16 ans » et souhaite une meilleure production et une politique tarifaire juste « pour les plus pauvres de nos femmes, celles engagées dans l’agriculture ».

Citant les programmes onusiens, elle prévient qu’« il faut changer l’approche mondiale, y compris celle de l’aide. » Ses projets ? « Elargir WIA à d’autres parties du monde. Créer des conseils de femmes qui offriront un modèle de gouvernance au féminin. » Aude de Thuin et Hafsat Abiola prônent « des méthodes féminines » : « Les femmes sont responsables des familles, communautés. Les hommes sont encouragés à penser avec leur esprit mais pas tant avec leur cœur. Pourtant c’est une force à utiliser, l’intuition. » Ensemble, elles prévoient « un tour du monde des financeurs et des femmes » pour faire vivre leur projet.

Source TV5


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